• inès 1

     

    -          Je suis vraiment désolé, Louisa, mais… je n’éprouve plus de sentiments pour toi.

     

     

     

                « Comme si j’en avais éprouvé un jour… », Pensai-je. Louisa, ou devrai-je dire, la fausse-blonde-trop-maquillée-qui-me-court-après, me dévisagea avant de me mettre la gifle la plus phénoménale qu’elle eut donné jusqu’ici. Je ne réagis pas tout de suite, choqué et rendu immobile par son geste. Elle partit en courant et en hurlant des insultes à mon égard sans autre forme de procès, ce qui lui valut les regards méprisants des innocents passant par-là. Une fois que j’eu entièrement repris mes esprits, je soupirai et me massai la joue à présent douloureuse. C’était, je me le suis juré, la dernière fois que j’acceptais de me montrer au bras d’une de ces filles vulgaires qui auraient tué pour un rendez-vous avec moi. A vrai dire, je ne concédai que parce qu’elles me faisaient sincèrement pitié. Ces imbéciles de mauvais goût et les filles en général ne m’avaient jamais, au grand jamais, intéressé. C’est à partir de la cinquième qu’elles ont commencé à me tourner autour. L’année suivante, je déménageais à ma plus grande joie, pensant que ma côte baisserait dans un nouveau collège, cette fois-ci privé. Hélas, ma popularité auprès de la gente féminine ne fit qu’accroître, ce que je ne comprenais pas vraiment en raison de mon style particulier : des cheveux longs, toujours du crayon noir autour des yeux, et en plus de ça un visage androgyne… A tel point qu’on m’a souvent pris pour une fille.

     

     

     

                Perdu dans mes pensées qui s’éloignaient de plus en plus de la réalité, je me dirigeais inconsciemment, presque machinalement, vers mon appartement où Andrew, mon colocataire et ami, m’attendait sûrement pour le dîner.

     

     

     

                Quand ceci me traversa l’esprit, je décidai de me hâter, afin de ne pas laisser Andrew dépérir affamé. Après quelques pas pressés,  j’arrivai chez moi. Je frappai à la porte au cas où mon colocataire aurait été en compagnie de quelqu’un, même si je savais que ce n’était pas le cas : Andrew était en conflit avec sa famille et n’avait que très peu d’amis. Chose que je ne comprenais pas du tout, pour la simple et bonne raison que ce jeune homme était, à mes yeux du moins, parfait.

     

     

     

                Je tirai donc sur la poignée de la porte juste après avoir toqué, et rentrai avant de poser ma sacoche et de m’affaler grossièrement sur le divan. J’étais épuisé, entre mes professeurs qui m’avaient crié toute la journée d’être plus attentif, le froid qui était arrivé sans prévenir et Louisa qui me frappait alors que j’essayais de lui dire que je ne voulais pas d’elle gentiment. Décidément, ce n’était pas mon jour, et heureusement que demain était la dernière journée de cours avant les vacances de Noël. Bien qu’il allait falloir que je me concentre à présent sur le choix des cadeaux à offrir, chose très importante pour moi.

     

     

     

                Après quelques minutes, je me rendis compte qu’Andrew n’était pas venu me voir, ce qu’il fait pourtant à chaque fois qu’il m’entend rentrer, ce qui m’intrigua quelque peu. J’allai par ce fait dans notre chambre mais personne ne s’y trouvait. « Notre » car notre appartement était prévu à la base que pour une personne, le dit « personne » n’étant rien d’autre que moi. Malgré l’aisance régnant dans ma famille, j’avais pris un appartement chaleureux, mais cependant petit. Pour la simple et bonne raison que je suis encore mineur et que j’ai du beaucoup insisté pour que ma mère me laisse habiter seul. Mais, il suffisait de lui poser un ultimatum… : Ou bien je vais chez papa, ou bien j’emménage seul. Ma mère détestant mon père, sa réponse ne se fit pas attendre, mais il a fallut que je paie une bonne partie de mon logement. Au bout de quelques jours, le sentiment de solitude se fit ressentir et je me décidai à proposer à Andrew, un ami anglais à la recherche d’un logement, de venir s’installer avec moi. A cause de ma fierté mal placée, je prétextai le fait que je n’avais aucun don culinaire et qu’il me fallait quelqu’un avec moi pour m’aider à cette tâche. 

     

     

     

                J’allai maintenant dans la cuisine, bien que sachant pertinemment que cette dernière était vide grâce à la simple baie-vitrée séparant cette pièce au salon, mais il laissait parfois des mots ici lorsqu’il s’absentait. Je trouvai donc ce à quoi je m’attendais, c'est-à-dire la raison pour laquelle Andrew désertait l’appartement. Le mot disait :

     

     

     

    « Mickaël,

     

    Solène vient de me prévenir à la dernière minute que j’étais à un vernissage ce soir. Ne t’inquiète pas : le dîner est prêt et il se trouve dans le frigo. Ne m’attends pas pour manger, car je ne serai sûrement pas de retour avant vingt-trois heures. Comme tu le sais, j’ai horreur de me rendre à ce genre de soirée, donc je ferai en sorte de ne pas rentrer trop tard.

     

    A tout à l’heure, ou, si je rentre à une heure plus tardive que je ne l’avais prévu et que tu es déjà couché, bonne nuit,

     

    Andrew »

     

     

     

                Je souris en lisant ceci, amusé, et oubliant mes malheurs de la journée. Andrew était quelqu’un d’adorable mais qui n’aimait pas trop les soirées pleines d’inconnus, de personnes qui s’abordaient sans raison. C’était un point que nous avions en commun. Mais, à la différence que lui n’avait pas vraiment le choix, étant un peintre en voie d’être connu, il devait se montrer au publique pour devenir célèbre. Solène, celle qui s’occupait de son emploi du temps, interviews, et autres trucs qui étaient un peu ennuyeux. Andrew n’avait pas une immense confiance en elle, ce que je comprenais : c’était une vraie peste dans son genre, elle aurait facilement pu rivaliser avec Louisa. Mais bon, même sans son aide, il aurait eu la possibilité de devenir un grand artiste : il avait un talent exceptionnel et j’étais un de ses plus grands admirateurs. On l’appelle le « vicomte de la rose pourpre ». Il refusait catégoriquement de révéler son vrai nom au grand jour, sûrement car cela était plus élégant que « Andrew  Molson ». Ce qui, bêtement, me rendait fier d’être proche de lui et de connaître son identité.

     

     

     

                Je me servis ensuite les lasagnes qu’il m’avait préparé, sans prendre la peine de les faire chauffer, « trop la flemme » comme j’avais l’habitude de dire. Puis j’allai m’installer sur le canapé et allumai la télé pour manger devant. Je grignotais sans conviction en changeant de chaînes, qui proposaient des émissions toutes plus stupides les unes que les autres. Entre les émissions de téléréalité où grouillaient les jeunes filles à moitié anorexiques imbéciles qui pleuraient sans raison, les émissions musicales où il n’y avait que des clips vulgaires et des voix retouchées, et les séries où les personnages principaux étaient des adolescentes dont les problèmes les plus importants étaient le choix de leurs tenues de soirée, rien de bien intéressant. A force de zapper, je finis par arriver sur une chaîne sur l’art qui présentait d’ailleurs une émission sur les peintres au style moderne. Un sourire se dessina sur mes lèvres, espérant qu’ils évoqueraient le « vicomte de la rose pourpre », se qu’ils firent. Il le décrivait comme très prometteur et au coup de pinceau très étonnant. Ils montrèrent quelques unes de ses toiles les plus récentes, ce qui, en les voyants, gonfla mon cœur de joie. Ces peintures, il les avaient réalisées chez moi, avec moi.